En Europe, les réflexes pacifistes resurgissent, dans une forme qui rappelle les années 1930

Stéphane Audoin-Rouzeau
Propos recueillis par Benjamin Quénelle et Thomas Wieder, 9 février 2026
Je suis un fervent partisan de l’Ukraine, dont la défaite m’apparaît comme moralement insupportable. Mais la guerre est une question de rapports de force. Selon moi, le tournant a été l’échec de la contre-offensive ukrainienne du printemps-été 2023, face à des défenses russes impénétrables. A la veille de cette opération, le général français Vincent Desportes, ex-directeur de l’Ecole de guerre, avait prévenu que pour briser le front russe il faudrait 30 à 40 fois plus de moyens militaires à la disposition de Kiev : un avertissement que nous n’avons pas voulu entendre.
Aujourd’hui, l’Ukraine a perdu 20 % de son territoire. En échouant à reconquérir ces terres, fatalement, elle perd la guerre.
Tactiquement, sur le front, la Russie l’a déjà probablement emporté, mais pour un prix tellement démesuré que, stratégiquement, elle est défaite : ses objectifs politiques n’ont pas été remplis, puisque son ambition était la vassalisation complète de l’Ukraine. Pour obtenir un Donbass dépeuplé et dévasté, le coût humain, matériel, économique, diplomatique, culturel, etc., a été si lourd pour la Russie que les sacrifices consentis paraissent absurdes.
La défaite de l’Ukraine sera notre défaite. Nous l’avons appuyée dans son combat ; elle s’est battue avec un courage extraordinaire ; mais en ne lui donnant pas tous les moyens nécessaires ou en les lui donnant avec retard, nous l’avons obligée à se battre avec une main attachée dans le dos.

Article,
Le Monde, 2026