On rend l’immigration responsable de problèmes liés au rejet de la mondialisation

El Mouhoub Mouhoud, économiste, propos recueillis par Julia Pascual, 27 mars 2026, modifié le 4 avril, daté du 7 avril dans la sélection hebdomadaire.
L’Europe du Sud suit un régime d’immigration de masse [...]
A l’opposé, l’Allemagne ou les pays scandinaves misent sur une immigration régulière, bien encadrée en fonction des besoins, avec des investissements massifs sur l’accueil : 0,5 % du PIB pour l’Allemagne, et près de 0,6 % pour la Suède [...] contre seulement 0,07 % du PIB pour la France.
Entre ces deux modèles, la France compte au moins 500 000 immigrés en situation irrégulière permanente, selon les estimations. Pour des motifs politiques liés aux pressions exercées par les partis d’extrême droite, l’immigration régulière de travail est réduite au minimum. Résultat : les employeurs ont des besoins tellement forts dans certains secteurs qu’ils se tournent vers l’immigration irrégulière.
Sur 380 000 nouveaux arrivants en 2025, à peine 14 % relèvent de l’immigration de travail. La première catégorie d’immigrés entrants est constituée d’étudiants, 33 %, la deuxième relève de l’immigration humanitaire, 24 %, suivie par l’immigration familiale, 23,7 %.
L’écart entre les revenus se creuse aux extrêmes : les emplois très qualifiés ainsi que certains emplois peu qualifiés, dans les services, progressent, tandis que les emplois intermédiaires, plutôt occupés par des classes moyennes, reculent. C’est ce que l’on appelle « la polarisation ».
Ce sont donc les classes moyennes qui ont le plus perdu dans l’hypermondialisation. La frustration liée à leur déclassement a provoqué partout la montée des partis populistes d’extrême droite. Il existe certes des spécificités nationales, mais la base commune de ces mouvements est le déclassement des classes moyennes blanches. Aujourd’hui, on rend l’immigration responsable de choses qui sont, en réalité, liées au rejet de la mondialisation.
Certains secteurs dépendent structurellement de l’immigration de travail : nettoyage, gardiennage, services à la personne, bâtiment… L’élasticité y est faible, c’est-à-dire que si vous augmentez les salaires de 15 % ou 20 % peu d’autochtones viendront occuper ces emplois à la place des immigrés [...]
Ce n’est pas que l’immigré soit masochiste. Il compare son salaire à celui qu’il avait dans son pays d’origine. Il investit en migrant.
C’est pourquoi l’idée d’une concurrence avec l’autochtone est fausse.

Article,
Le Monde, 2026