Les haredim, ces juifs ultraorthodoxes d’Israël qui refusent de se battre
Raphaëlle Rérolle et Laurence Geai, 12 mars 2026
La communauté haredi, qui s’oppose à l’engagement militaire,
crée des tensions au sein de la société israélienne.
Reportage à Bnei Brak, près de Tel-Aviv,
territoire minuscule et surpeuplé,
régi par une pratique religieuse rigoriste.
Le rappel d’environ 100 000 réservistes, le 1er mars,
dans le cadre de la guerre entre l’Etat hébreu et l’Iran,
n’a rien arrangé. Fin janvier,
le haut commandement de l’armée avait déjà fait savoir
qu’il lui manquait 12 000 recrues,
essentiellement dans les troupes de combat.
Après plusieurs décennies d’exemption,
la Cour suprême a considéré, en 2024,
que la dispense des étudiants de yeshiva
(centre d’études religieuses pour garçons) n’avait plus de base légale.
L’armée tente, au coup par coup, de faire pression
sur les conscrits haredim potentiels,
qui sont au nombre de 80 000.
les ultraorthodoxes formant de nos jours
13 % à 14 % de la population,
ce chiffre devrait atteindre 25 % en 2050.
Avec Sophie, son épouse, ils ont huit enfants âgés de 6 à 23 ans,
dont les deux aînées sont déjà mariées et mères de famille.
« C’est la règle des 20-40-60 », dit en souriant Sophie,
yeux bleus lumineux et foulard sur la tête
(les femmes mariées devant cacher leurs cheveux soit avec du tissu,
soit grâce à une perruque). Autrement dit, mère à 20 ans,
grand-mère à 40 et arrière-grand-mère à 60.
D’après un rapport publié, fin 2024, par l’Institut israélien
pour la démocratie, seuls 54 % des hommes ultraorthodoxes travaillent,
un chiffre en déclin par rapport au début des années 2000.
Les femmes, en revanche, ont un taux d’activité de 80 %,
en progression depuis une vingtaine d’années.
De très nombreux Israéliens rejettent le « fardeau »
imposé par ce système, financé par l’Etat à hauteur de 2,5 milliards
de shekels par an (695 millions d’euros).
Article,
Le Monde, 2026