| 1:55 | La question qui se pose consiste finalement à examiner si les moyens utilisés par la démocratie pour désigner le petit groupe chargé d'écrire la loi est justifié ou si au contraire une autre méthode inspirée d'autres principes pourraient s'avérer plus pertinente. |
| 2:32 | L'élection et le parlementarisme sont-ils les formes sacrées de la politique ? |
| 2:56 | Même si nous avons conscience du bilan globalement négatif de la démocratie, ce régime qui a laissé se déployer au cours des dernières décennies des législations écocides, des pulsions fascistes, l'incarcération de masse, une explosion des inégalités, la condamnation à mort de près de 50000 migrants dans la Méditerranée depuis 2014, le démantellement des services publics et tant d'autres mesures régressives, nous pouvons avoir peur que d'autres institutions puissent aboutir à un résultat pire encore. |
| 4:15 | Ce sont tous les concepts de la démocratie moderne, l'idée d'opinion, l'idée de citoyenneté et toutes les institutions sur lesquelles ell reposent, le vote, le parlement, la représentation, les partis politiques dont nous sommes amenés à questionner le bien fondé et l'évidence. |
| 4:48 | Un groupe de personnes relativement nombreux est tiré au sort dans la population générale. Ils ne sont donc pas élus, ni rééligibles, ni n'appartiennent à des partis politiques. Ils sont réunis au sein d'une assemblée où ils sont chargés de délibérer sur une problématique précise afin de formuler des propositions. Pour se faire, ils vont écouter pendant plusieurs mois des scientifiques, des experts, des juristes, des militants qui ont travaillé spécifiquement sur la question et qui vont leur présenter l'état des connaissances, des certitudes, des incertitudes, des expériences passées et présentes. |
| 5:51 | On peut tester les opinions des personnes tirées au sort avant le processus et après. On peut donc étudier l'impact d'un processus informatif et délibératif sur les opinions politiques et les comparer aux opinions démocratiques. |
| 6:38 | Contrairement à ce que l'on aurait pu imaginer, les opinions n'ont pas tendance à se diviser, à s'éparpiller, mais au contraire à se rapprocher. |
| 7:07 | L'uniformisation des opinions ne consiste donc pas dans un processus à travers lequel les progressistes et les conservateurs se rejoindraient à mi-chemin. Nous assistons au contraire à un mouvement où les individus dans leur ensemble adoptent de plus en plus une perspective que l'on peut dire de gauche |
| 8:18 | Autrement dit, il y a quelque chose dans nos institutions qui contribue à une droitisation progressive des points de vue et des pratiques. |
| 11:38 | Est-il rationnel que le petit groupe qui va écrire la loi soit désigné par l'élection, c'est-à-dire que nous placions l'élection au cœur de nos régimes politiques ? |
| 13:31 | La leçon principale de la critique sociologique de l'élection est de dire que si nous fondons un système politique sur le système des opinions spontanées, nous nous condamnons au conservatisme. |
| 13:46 | La démocratie se condamne à enregistrer comme opinion du peuple ou opinion majoritaire le reflet de processus d'imposition, de rumeur, de propagande ou de désinformation. Surtout, elle se condamne à être dominée par des points de vue partiels dépourvus d'une vision globale et donc réaliste des phénomènes. |
| 15:22 | La forme « plateforme des libérations spécifiques » où des individus tirés au sort doivent avant de s'exprimer écouter pendant plusieurs mois des experts, des chercheurs, des militants propose une autre philosophie politique que la philosophie démocratique. Elle substitue au dogme de l'opinion ressentie celui de l'opinion construite. |
| 17:31 | L'attitude première du sujet politique devrait être de se demander non pas quelle est mon opinion, qu'est-ce que je ressens, mais que nous apprennent les études sur ce sujet et quelles conséquences emportent-elles ? |
| 18:27 | Tout le monde qui a déjà regardé des séances parlementaires sait qu'il n'y a pas de délibération, pas de discussion, pas de force de l'idée vraie dans ces espaces. |
| 18:49 | Il y a des prises de parole qui se déroulent très souvent dans l'indifférence générale, des applaudissements rituels venus d'un côté et des protestations venues de l'autre. |
| 20:47 | Chaque prise de parole ou chaque vote est considéré comme un signal envoyé dans l'espace public à l'intérieur de la compétition électorale. |
| 22:41 | Cette organisation de la fabrication de la loi favorise mécaniquement des professionnels de la politique plutôt que des spécialistes et elle condamne les députés à aborder chaque sujet avec des cadres préformatés. |
| 27:00 | La démocratie fausse notre appréhension de nous-même en tant que sujet politique. Elle nous donne un sentiment fictif de participation à la vie publique, soit à travers le vote qui ne nous confère en réalité aucun pouvoir réel, soit à travers le droit purement formel de nous présenter aux élections que nous n'utilisons presque jamais. Or, la contrepartie de cette illusion de participation est de nous exposer à des risques bien réels. |